Music for work

Music for work.

Depuis plusieurs années, lorsque je suis au travail, que j’écrive un roman, un scénario, que je photographie ou même parfois que je filme, j’écoute une musique bien choisie, en boucle, comme une obsession, une couleur qui s’imprime sur le travail en cours. Et pour que la couleur ne perde jamais en intensité, je réserve la musique à ce projet, que je n’écoute jamais, ailleurs. 

Ainsi, après une pause d’une nuit, une semaine ou un an, lorsque je veux retourner au projet, il suffit que j’écoute la musique pour y replonger, sans effort. La mémoire du travail en cours y est imprimée. 

Jusque là, j’ai toujours écouté des musiques que je n’avais pas faites, différentes pour chaque projet. Des musiques de deux, trois, quatre minutes, que j’écoutais huit heures par jour. Et en général, dans ces musiques, certains détails devenaient saillants, et finissaient par me déplaire – alors qu’ils étaient beaux à la première écoute, mais en boucle trop systématiques. Ou alors c’est la façon dont la boucle se faisait qui n’était pas heureuse. Il m’est arrivé d’éditer les musiques que j’écoutais, pour faciliter la boucle, ou en extraire un passage (je profite de ce texte pour m’excuser auprès des compositeurs concernés !)

En ce début de mois de septembre 2021, j’ai composé seize musiques, une par jour, pour un nouveau projet sonore. Elles sont temporairement intitulées Simon (du nom d’un de mes personnages) suivi d’un chiffre croissant, de 1 à 16. Et immédiatement après avoir composé ces musiques et les avoir mixées, j’ai écrit un roman, Providence. Et pour la première fois, peut-être parce que ces deux écritures étaient produites dans un temps si court, j’ai employé quelques unes de mes musiques (Simon 7, Simon 13, Simon 15), pour écrire. Et j’ai senti le potentiel. De contrôler la musique, parce que c’était la mienne. 

Et j’ai très vite compris qu’il pouvait être intéressant d’écrire une multitude de variations autour de ces musiques choisies, pour que l’obsession de la boucle soit toujours active, tout en évitant la fatigue à l’écoute de certains détails. Parce que de variation en variation, imperceptiblement, la musique se transforme.

Ce protocole s’est imposé : je crée une variation, que je varie, cette seconde variation que je varie encore, laissant lentement glisser la musique originale, par touches successives, vers une proposition qui en garde la forme et l’instrumentarium, mais pas strictement la couleur, et dont les détails s’éloignent peu à peu de l’original. Et puis après cinq ou six variations d’elles-mêmes, lorsque cette voie est épuisée, je repars — de la même musique ou d’une autre, et je varie encore, autrement.

Ainsi, il y a les musiques originales. Et il y a des ensembles de variations, que j’intitule branchages auquel j’ajoute le nom de la musique originale, et un adjectif, en anglais, qui donne une idée de la couleur donnée par les itérations. Il y a Softer, Slower, Lighter, Steadier, Wider, Sparser. J’en propose trois écoutes :

• 1. en boucle, grâce à autant de playlists organisées en triangle et pas en dent de scie, pour préserver le glissement, l’aller et retour, au moment de la boucle, dans la playlist (par exemple pour un branchage de 4 variations : 1 / 2 / 3 / 4 / 3 / 2 / 1 / originale) ;
• 2. en solo : une seule des variations, en boucle ;
• 3. aléatoire, mais alors l’écoute sera moins paisible, parce que les écarts entre les variations seront plus grands, sans glissement. 

Bonne écoute,
Romain

P.-S. Si l’écoute de Music for work vous semble répétitive, c’est que vous écoutez bien Music for work, un projet de boucles.
P.-P.-S. Music for work est initialement destiné à accompagner une tâche, la création d’une œuvre, la (re)lecture d’un livre, et non pas à être écouté pour lui-même. L’écoute peut se faire à bas volume.