TOUT EST VRAI

TOUT EST VRAI – film de 52 minutes, photographies, sculpture, roman, performance, lecture.

RECITUn matin de printemps, sur la dalle en bas de leur tour où ils s’étaient donné rendez-vous, quatre jeunes personnes, la vingtaine, sont victimes d’une attaque : Pablo Adam est tué sous les yeux de son amie Zoé Jaspers, de Thomas Jaspers, son frère et de Felix Jeanneret, un voyageur de passage. Les trois survivants tentent de surmonter la disparition de leur ami à travers leurs pratiques artistiques respectives : la sculpture abritant la mémoire et les images du défunt, la photographie qui dévoile une échappée, et le roman comme hypothèse d’une autre issue à l’attaque sont rassemblés autour d’un film qui raconte leur histoire.

CREDITS – avec Pablo Cobo, Nicolas Lancelin, Valentine Cadic & Naël Malassagne. Image Julia Mingo. Montage en collaboration avec Julie Picouleau. Mixage son en collaboration avec Mikaël Barre. Productrice Delphine Schmit (Tripode Productions).

lecture du roman “Tout est vrai” de Zoé Jaspers par Audrey Bonnet & Romain Kronenberg (Festival Côté Court, Pantin / 2019)
Advertisements

A FRAGILE TENSION

A FRAGILE TENSION – installation pour deux écrans. Langues originales : français & kurde. Version sous-titrée en anglais disponible.

VIDÉO – A fragile tension est l’aboutissement d’un processus par étapes qui avait d’abord consisté dans la réalisation de deux œuvres indépendantes : Rien que de la terre, et de plus en plus sèche et La forme de son corps avec l’excès de sable.  Imaginée en dyptique, l’œuvre met côte à côte deux situations et deux territoires en tant que le contre-champ l’un de l’autre : un homme parti à bord d’un cargo en quête d’un monde nouveau, deux hommes restés en arrière dans l’attente du signal d’un éclaireur ; un cargo lancé en pleine mer, un territoire désertique ; des kurdophones, un francophone ; mais une même radio qui permet le contact qui se perd, et surtout une enjeu commun, qui s’imagine universel : la nécessité de croire.

CREDITS – avec Mehmet Korkut, Mazlum Adıgüzel, Adrien Dantou & Baver Doğanay. Traduction kurde par Kawa Nemir.

Les mythes de Romain Kronenberg (extrait) – Jean-Luc Nancy, 2017

Sur fond d’immensité marine ou rocheuse. Sur fond de cité vide ou de cargo non moins désert. Le fond est justement ce qui a lieu sans lieu  : masses énormes et lointains, déplacements sur place, poussées profondes – et dérives, départs, errances qui font valoir leur très précise ordonnance. On écoute. On regarde. C’est un seul et même geste qui filme et qui parle. Une même image qui ne cesse de monter du fond et de s’enfoncer en lui.

En lui  ? qui  ? le fond du paysage  ? des visages  ? des images  ? des paroles  ? des pensées  ? même jusqu’au fond de ce nom qui paraît façonné à coups de mythes, légendes et fables mémoriales : Romain Kronenberg, l’empire des montagnes couronnées. Comme une parole obstinément murmurée, marmonnée par un voyageur égaré.

RIEN NE S’OPPOSE AU JOUR

RIEN NE S’OPPOSE AU JOUR – film / installation. Lange originale : français.

FILM – Un amour fusionnel unit DEUX à UN, deux femmes d’une quarantaine d’années habitant une maison contemporaine plongée dans une nuit infinie. Jour après jour, des rêves terrifiants et cosmiques troublent le sommeil de DEUX. Toute la maison s’en trouve ébranlée. UN se veut d’abord rassurante. Mais elle comprend bientôt que les dessins qu’elle réalise en secret et qui préparent un acte radical qu’elle s’apprête à commettre sont à l’origine des rêves qui anéantissent DEUX. Malgré tout l’amour qu’elle lui porte, UN achève son projet. Sous les yeux de DEUX qui s’éteint, elle fait naître le jour et meurt à son tour, inalliable au monde qu’elle vient de faire surgir et qui annonce l’humanité.

Produit par Delphine Schmit (Perspective Films), un film de Romain Kronenberg avec Audrey Bonnet & Nathalie Richard. Directrice de la photographie : Julia Mingo. Musique : Romain Kronenberg. Assistante mise en scène : Tünde Deak. Chef électricien : Thomas Coulomb. Preneur de son : Alix Clément. Remerciements à Julien Campus & Yannis Motte (BO.A Architecture) & Joël Davesne.

Prix SACEM de la meilleure musique originale au Festival Côté Court de Pantin 2018.

LA FORME DE SON CORPS AVEC L’EXCES DE SABLE

LA FORME DE SON CORPS AVEC L’EXCÈS DE SABLE – film / installation. Langue originale : français.

FILM – Un jeune homme, qui a choisi l’élan de l’exil, voyage à bord d’un cargo à travers les océans. Grâce à une radio, il reste en contact avec des hommes rencontrés sur la route peu après le départ. Il leur raconte le déclin de sa terre natale, leur parle d’espoir et de peur. Bientôt, le signal radio est perdu ; la distance qui le sépare de la terre est trop grande. Alors seul, le jeune homme évoque torpeur et espoir, passé et futur, carte et compas que symbolise la mer fendue en deux par le mouvement du cargo dans une traînée d’écume. 

CREDITS – Avec Adrien Dantou, Florian Desbiendras & Julia Mingo.

JUSQU’AUX REGIONS QUI GISENT AU-DELA DE LA MER

JUSQU’AUX RÉGIONS QUI GISENT AU-DELÀ DE LA MER – film / installation. Langue originale : français.

FILM – Dans une usine désaffectée, entre cuves métalliques, tuyaux qui serpentent tout au long des murs, coursives et innombrables fenêtres donnant sur le ciel, un homme et une femme accueillent leur fils, de retour au foyer. Ils se lavent, ils mangent, parlent peu. Sinon le soir quand, pour l’aider à dormir, ils lui racontent la création du monde, la naissance des dieux, la naissance du fils, celle des hommes et le lien entre ces entités dont ils bouleversent l’équilibre, par amour et jusqu’à l’abandon.

CREDITS – Avec Lucie Boujenah, Adrien Dantou & Léo Pochat. Lumières de Julia Mingo.

” Toute la mélancolie de la génération Y au milieu des machines dans une troublante vidéo “ (Emmanuelle Lequeux – Le Monde 27.02.2017)

RIEN QUE DE LA TERRE, ET DE PLUS EN PLUS SECHE

RIEN QUE DE LA TERRE, ET DE PLUS EN PLUS SÈCHE – film (18min) / installation. Langue originale : kurde.

FILM – Deux jeunes hommes sont installés dans le désert. Aucune âme à l’horizon. Ils attendent le retour d’un troisième homme parti en éclaireur. Les deux équipes restent en contact grâce à des radios. L’éclaireur explique le chemin qu’il accomplit, et l’étendue désertique toujours plus vaste devant lui. Il raconte l’espoir qu’il place dans chaque pas qu’il fait. Les deux jeunes hommes restés en arrière écoutent ; ils projettent leurs espoirs dans le futur et l’autre côté du désert. Mais la qualité du signal radio commence à faiblir. Des crépitements se font entendre sur la liaison. De plus en plus fortement. D’abord indéchiffrable, la voix finit par disparaître. Les deux jeunes hommes se retrouvent dès lors seuls et sans nouvelles. Doivent-ils se lancer en avant ? Rester où ils sont ? La réponse qu’ils imagineront est finalement un paradoxe : que croire est aussi essentiel qu’est la conscience que croire est vain.

CREDITS – avec Mehmet Korkut, Mazlum Adıgüzel & Baver Doğanay. Traduction kurde par Kawa Nemir. Production Romain Kronenberg.

SO LONG AFTER SUNSET AND SO FAR FROM DAWN

SO LONG AFTER SUNSET AND SO FAR FROM DAWN – 2014-15 – film (7min) / installation. Langue originale : kurde.

FILM – Oscillant entre naissance et déclin du jour, la nuit plonge les bâtiments en ruine de Ani (ancienne capitale arménienne) et les bâtiments en construction de Mardin (à la frontière syrienne) dans les lueurs bleutées de leurs propres destins, entre passé et futur, dans un présent incertain. Des sous-titres accompagnent les images où un dialogue se noue entre titans et dieux, deux entités mythologiques opposées symbolisant le mécanique et l’organique, l’ordre et le désir, et révèlent leur irréconciliabilité tragique.

INSTALLATION – L’installation So long after sunset and so far from dawn se compose d’un écran et de deux photographies présentés côte à côte, tous de hauteur égale et constituant une fresque. Dans le film, une voix kurde sous-titrée, traitée musicalement et accompagnée d’autres éléments musicaux, déroule le dialogue imaginaire entre un Titan et un Dieu.

CREDITS film, musique, texte et photographies de Romain Kronenberg / traduction kurde de Kawa Nemir / avec les voix de Mehmet Korkut et Mazlum Adıgüzel.

CATALOGUE DU 61ème SALON DE MONTROUGE – Guillaume Désanges

Le musicien et cinéaste Romain Kronenberg développe un travail de l’épure et de la précision, une manière de sublimer une complexité des affects et des pensées dans la simplicité de l’objet (matériel et cinématographique).

Il conçoit des installations hybrides, sortes d’œuvres d’art total, entre sculpture, musique, photographie et cinéma, formant des paysages nés de l’éclatement spatial d’un film, et articulés autour d’objets récurrents, à la fois sculptures dans l’espace et accessoires, voire personnages à part entière.

Fondé sur un dense réseau de références, intentionnelles autant qu’intuitives (et dont les contours, parions-le, dépendent autant du spectateur que des artistes) l’œuvre procède d’un jeu de non contrôle ou de « lâcher prise » théorique, laissant la part belle à l’imaginaire. Reposant sur l’émergence du hasard à l’intérieur d’un programme établi, c’est une sorte de relais poétique du discours qui en détermine les formes.

Parmi les motifs cachés dans les plis de la narration, on trouve les questions de l’élan vital et de la stagnation, du progrès ou de la déchéance, jamais de manière manichéenne (ni même dialectique), mais dans une logique de tension identitaire, comme les deux faces d’une même réalité. Cette unité des contraires est très présente dans l’écriture filmique de Romain Kronenberg, de même que la figure d’un temps retroussé ou replié sous la forme d’un arc tendu, entre puissance et fragilité. Une tension mécanique que l’on retrouve parfois dans les sculptures fonctionnelles du designer Benjamin Graindorge, invité à collaborer à trois projets du cinéaste.

S’appuyant sur une résurgence du fantastique et du mythe dans le réel contemporain, c’est le regard que l’œuvre porte sur un état du monde actuel qui est le plus troublant, éclairant en lumière indirecte les marques d’un changement de civilisation, entre résistance, résignation, espoir et destruction.

CATALOGUE DU 61ème SALON DE MONTROUGE – Guillaume Désanges

Romain Kronenberg (a musician and film-maker) develops a work in sparseness and precision, a way of sublimating a complexity of affects and thoughts in the simplicity of the object (material and cinematographic).

He designs hybrid installations, kind of total artworks, somewhere between sculpture, music, photography and film, forming landscapes arising from the spatial explosion of a film, and organised around recurrent objects, at once sculpture sculptures in space and props, or even fully-fledged characters.

Based on a dense network of references, intentional as much as intuitive (and whose outlines, let us wager, depends as much on the spectator as on the artist), the work proceeds on a game of non-control or theoretical “letting-go”, giving pride of place to the imagination. Relying on the emergence of chance within an established programme, there is a sort of poetic relay of the discourse which determines its forms. Among the motifs hidden in the folds of the narrative, we find the issues of life force and stagnation, progress and decline, never in a Manichaean way (or even dialectically), but in a logic of identity-related tension, like the two sides of one and the same reality. This unity of opposites is very present in Romain Kronenberg’s film writing, just as the figure of a time curled up or folded beneath the form of a tight arc, between power and fragility. Based on the resurgence of the fantastic and myth in contemporary reality, it is the eye which the work casts on a current state of the world which is the most disturbing, shedding indirect light on the marks of a change of civilisation, somewhere between resistance, resignation, hope and destruction.

PUTTING TIME BACK INTO THE CITY: IMPRESSIONS FROM THE 3RD MARDIN BIENNIAL (excerpts) – Gökcan Demirkazık

What happens when references are too far removed from one another, when myths, the mythologized and facts collide and collapse onto one another? So long after sunset and so far from dawn (2014), Paris-based artist Romain Kronenberg’s arresting video, juxtaposes new high-rises being built in outer Mardin with the stoic yet somber remnants of the Armenian medieval city of Ani (located in present-day Kars). The apartment blocks rise seemingly in the middle of nowhere, encircled by the vast emptiness of Mardin plains, as the story of the fall of the Titans is narrated through subtitles. Minimal modulations of the two-tone electronic ambient sound occasionally mix with something akin to a whistle; the camera cuts from one view to another, switching between the abandoned and the not-yet-occupied.

In the video, the cranes over construction sites become “the great columns that support the sky,” whose guardian, Atlas, not only has to bear the weight of the heavens, but also that of loneliness. The absence of human activity, which will soon materialize anyways in the newly built environment, allows one to see more clearly how the ruins of Ani constitute memento mori for the expanding city. Kronenberg extends the “temporal relief” in Aktaş’s work, the suggested locus of all mythology, into a Bergsonian time spiral, and overlays it with elements like love and faith that immediately recall cycles of life. The simultaneously (homo)erotic and messianic addresses of the unidentified narrator to Atlas subvert a monolithic understanding of myth-making (in the Greco-Roman tradition) limited to patriarchal struggles among gods and demi-gods, and Zeus’ violation of beautiful women.